(ré), Chronique vietnamienne

Quatre mois au Vietnam | (ré) saison 2 1/2

(ré)
20 min ⋅ 12/10/2026

Mot de début

Sont écrits dans ces mémos (formant la chronique) des moments qui m’ont marqué et inspiré durant ce séjour. L’écriture se base sur les quelques notes prises sur l’instant et également sur mes souvenirs. J’ai beaucoup observé sur le moment. Je n’avais personne, la plupart du temps, à qui partager ce que je voyais alors tout allait dans mon cerveau. Donc voilà. J’ai observé et le tout a mûri là-haut avec le retour et la reprise de la vraie vie comme on a pu me dire. Je veux juste écrire que, la vraie vie donc, n’est pas en France, dans ma France, c’est-à-dire mon quotidien, à se lever pour honorer trente-cinq heures de travail n’apportant pas grand-chose au monde, manger de la merde achetée en supermarché, où on ne tend pas la main à son voisin, aller voter pour un.e garnement.e qui n’est autre qu’un roi puissant élu par le peuple que ses ancêtres à lui méprisaient au plus haut point.

Concernant la structure du récit, il n’y en a pas. C’est volontaire ou plutôt réel. J’ai complété le tout un peu moins d’un an après la clôture de ce séjour. Par conséquent, j’ai littéralement vomi tous mes souvenirs ici. Je ne sais pas si ce genre d’écrit est agréable à lire pour autrui. M’enfin, il est là. Et pour le style, il n’y en a pas non plus. Pour ce qui est dû titre, il est GRANDEMENT tiré du livre Nicolas Bouvier où l’adjectif-pays change seulement. Pour les curieux, je vous laisse chercher.

Bonne lecture !

Le bus

Je ne trahi pas mes souvenirs en disant que c’était une de mes premières sorties dans la capitale pour rejoindre son centre. Je vivais dans l’ouest du district de Ba Đình, à quelques centaines de mètres au sud du lac Hồ Tây dans un immeuble de trois ou quatre étages comprenant un studio par palier. Dans mon bâtiment ne logeaient que des étrangers, les seuls de la ruelle. Nous étions au fond d’elle et donnait sur une petite cour centrale. Les premières foulées dans la ruelle sous les drapeaux vietnamiens et communistes étaient comment dire… je savais que le pays était resté de ce bord mais pas à l’afficher autant dans ses rues. En mototaxi, je mettais à peu près quinze minutes pour rejoindre l’hypercentre. En bus je comptais plus vingt à vingt-cinq minutes. Et ce n’est pas le prix qui dérangeait. Le ticket me coûtait à chaque fois entre dix et quinze mille dongs vietnamiens (trente mille dongs vietnamiens équivalaient environ à un euro en deux mille vingt-cinq). Le tout premier bus que j’ai pris était électrique et climatisé à fond pas comme d’autres lignes que j’ai pu empruntée où je ne tenais même pas debout à l’intérieur. Mais c’est ça qui est bon ! Je ne sais plus où je m’étais arrêté exactement. Souvent, lorsque je prenais le bus, je descendais à Điểm Trung Chuyển Long Biên. J’aimais bien prendre le bus, le temps ralentissait en même temps que le trafic. La première fois, la contrôleuse m’avait vendu mon billet pour le trajet et s’était ensuite assoupie entre deux stations. Ce moment m’a marqué. Je me souviens m’être demandé si la contrôleuse avait des enfants et qu’elle en était probablement fatiguée à devoir s’en occuper en plus du travail. Avait-elle un mari responsable ? Je ne sais pas. Ayant emprunté cette ligne plusieurs fois, je ne la revis jamais.

Exposition de peinture

Un certain monsieur me proposa d’assister à une exposition de peinture. Soit. Avec d’autres camarades, on y est allé volontiers. Une fois sur place, j’ai eu du mal à trouver le lieu exact car il n’y avait aucune indication (détail très important). Deux immeubles entourés de bitume montaient vers le ciel. Il (ce certain monsieur) savait évidemment où se trouvait l’exposition. Nous montions les étages d’une des deux tours, toujours aucune indication d’une quelconque exposition de peinture. Avant d’entrer, nous avions enlevé nos chaussures. Une fois à l’intérieur, on voyait des peintures accrochées sur chaque murs de la pièce. Dans un petit salon il y avait des sièges, une table et une télévision. Pour nous recevoir, deux ou trois femmes vêtue d’un áo dài rose et blanc. Elles nous ont introduit à l’exposition et son dessein. J’essaie d’être bref car le sujet est très complexe et je n’ai plus les détails exacts. En Chine, au début des années deux mille, des religieux étaient réprimés. Certains ont fui la Chine vers les Etats-Unis d’Amérique et ailleurs. Pour résumer, cette religion reposant les principes du Zhuan Falun écrit par Li Hongzhi quelques années plus tôt. Mais voilà, le peuple a commencé à s’y intéresser et à y trouver un sens jusqu’à devenir trop important alors le gouvernement frappa. Dès lors, les gens ont commencé à se cacher. Même au Việt Nam.

Quelques semaines plus tard avec encore une fois, aucune indication, Il m’avait de nouveau invité pour nous introduire à l’art Shen Yun. Je compris alors que les peintures et cette art avaient un lien concret. C’est aussi ce même jour que j’ai rencontré Đức Anh que j’appelai simplement Duke par la suite, un garçon de mon âge qui parle excellement bien français et qui lira peut-être ces quelques lignes. Ceci dit, les peintures étaient tantôt belles, tantôt élevées spirituellement auxquelles je n’ai pas tout saisi.

Ninh Bình

Première sortie hors de la capitale. Nous étions dans la vingtaine de juin il me semble. Samuel était mon camarade de route pour cette sortie. Il venait de remonter tout le pays en bus avec son ami Victor. Premier bus limousine aussi. Je ne connaissais pas le fonctionnement des bus privés. Il n’y avait aucune indication. Astuce : aller parler au chauffeur et énoncer le lieu de la destination dans un vietnamien approximatif. Environ deux heures de route plus tard, l’arrivée à Ninh Bình. Changement de bus pour un autre en direction du village de Tam Cốc. En fait, Ninh Bình est le nom de la province. Pour la troisième fois, rien d’indiquer pour notre logement. On tourne un peu sur l’unique route DT491C menant à Tam Cốc car c’est sur ses bords que l’hôtel se situe. On a finalement réussi et j’ai été très surpris de l’hôtel qui en réalité était à l’étage de la maison de cette famille dont la maman nous a accueilli avec ses deux petits. Le papa devait être là aussi, je ne sais plus vraiment. Je crois que c’était la White Swan Homestay. La communication orale était rudimentaire mais on s’est très bien entendu. La première chose que nous avions demandé était de louer des vélos que les propriétaires n’avaient pas. La rapidité de leur service m’aura épaté. En une heure ils nous avaient trouvé des vélos. Et hop, direction l’aventure (petite). Nous avons remonté la rue Khả Lương puis la rue Đi Hang Múa pour rejoindre la pagode et le dragon de Hang Múa. Environ cinq cents marches doivent être gravie pour arriver en haut de cette formation rocheuse. Le dragon est perché et trône au-dessus d’un champ de lotus. L’un des plus beaux paysages que j’aie vu jusqu’à présent. Je me souviens être monté en sandales. Je n’aurai pas dû car il faisait très chaud et mes pieds glissaient sur le caoutchouc. Je me souviens bien du détour par le champ de lotus et de deux françaises que nous avions simplement croisé. Lesquelles nous avions hésité à démarcher (ce n’est peut-être pas le terme le plus exact dans cette situation). Je me souviens aussi de cette noix de coco qui m’a donné grand plaisir. De retour sur les vélos, on a roulé en remontant la rivière Sông Sào Khê jusqu’à atteindre le pont Cầu Rỗ. Sur la route, je me souviens être resté très calme. Le paysage était à couper le souffle et je ne pensais plus à rien, simplement à penser où je me situais sur Terre. Je me rappelle aussi avoir ressenti une chose que je n’ai plus ressenti depuis la fin de ce voyage, une paix intérieur où tout se déconnecte, juste le silence et les yeux ouverts. La nuit était tombée très vite car les montagnes obstruaient les rayons tardifs du soleil. Retour à Tam Cốc. On s’est fait un petit festin au Mountain Restaurant. On a été très bien accueilli et servi. La suite, balade nocturne dans l’hypercentre très animé et très apte à accueillir des touristes. Des xin chào, une bia et une crêpe plus tard, dodo. Au matin, léger souci aux toilettes pour mon bon Samuel. Tout de suite j’ai repensé à cette bière. La canette était une Bia Sài Gòn Lager verte et grise avec un dragon doré mais ce n’était peut-être pas la première fois qu’elle servait, cette canette. Je me souviens avoir entendu que par endroits, les canettes étaient réutilisées, remplies à nouveau et leur capsule resoudée. Niveau hygiène, il y a mieux. Je pense rester sur cette hypothèse pour ce petit épisode dramatique. Le deuxième jour on a visité l’ancienne capitale du Việt Nam sur le site de Cố đô Hoa Lư. On a eu droit à une guide anglophone, une jeune Vietnamienne qui devait avoir dans les douze ans et qui parlait excellement bien anglais avec un accent presque digne d’une native. Elle nous raconta l’histoire du site, de l’agencement de la pagode et le rôle des bassins à l’entrée qui ont pour but de faire fuir les esprits qui craignent l’eau. D’un coup il se mit à pleuvoir, beaucoup. Juste avant on avait aussi navigué sur le site de Tràng An où nous avons partagé la barque avec un couple de jeunes Américains et notre conductrice. C’était un peu long et je me souviens avoir eu mal aux fesses en sortant. Ceci dit, c’était très beau et il n’y avait pas un bruit. Il y avait aussi des stops récurrents pour se balader sur les berges.

Soirée paisible dans le village. Le lendemain, dernière visite, la pagode Chùa Linh Cốc, située à la fin d’une route. Pas mal de visiteurs. Retour à Hà Nội, déposée dans l’ancien quartier français non loin de l’opéra. Samuel rejoignit l’aéroport pour rejoindre Thành phố Hồ Chí Minh et moi je suis rentré. D’abord à pied car je n’avais plus de réseau ni pour appeler un taxi ni pour m’orienter. Heureusement j’ai un bon sens de l’orientation et je savais vers où marcher pour rejoindre le lac Hoàn Kiếm (comme quoi savoir s’orienter dans notre monde ultra connecté peut toujours servir. Il faut dire que j’avais beaucoup regardé la carte la ville en arrivant).

Les enfants qui parlent anglais

La première fois c’était aux abords du lac Hoàn Kiếm. J’étais avec Dylan à ce moment-là. C’était une de mes premières journées et j’avais décidé de partir de chez moi à pied. J’avais d’abord rejoint le musée dédié à Hồ Chí Minh avant de passer devant son mausolée et de continuer vers le vieux quartier. J’ai mangé un truc ignoble pour le déjeuner. Je ne saurais même pas redonner le nom du plat. J’ai visité le Temple de la Littérature en hommage à Confucius. J’avais pris la décision de marcher pieds nus dans mes chaussures et aujourd’hui encore, je me demande pourquoi. Il y a un second lac dans le centre de Hà Nội, un peu plus au sud, le lac Bay Mau. Celui-ci est davantage courtisé par les Vietnamiens et est plus aménagé pour les familles : aires de jeux, herbes etc. Je crois bien n’avoir croisé aucun humain aux yeux bleus. A un moment on s’est assis sur un banc en pierre au sud du lac Hoàn Kiếm. Des enfants sont venus nous voir. Je dois avouer que je ne suis pas fier de partager cette anecdote, surtout son début. Au début donc, je pensais qu’ils étaient envoyés par leurs parents pour nous réclamer de l’aide ou tout autre demande du style. Vous voyez bien là mon œil de dinosaure occidental. J’ai déjà vécu ce genre de situation ailleurs en Europe alors je me suis dit que ça allait aussi finir comme ça. Avec Dylan, on a mis du temps à comprendre. Ces enfants voulaient juste nous parler anglais. Le petit qui était avec moi avait même des cartes représentant des scènes de la vie courante. Je lui dictais et lui faisait répéter. Il m’a ensuite posé des questions et vice-versa. Le genre de question qu’on apprend à l’école primaire ou au collège. On est bien resté trente minutes avec eux et on avait hâte de partir malgré l’enthousiasme des petits. Le plus grand devait avoir douze ans. Le petit avec qui je discutais devait en avoir huit si ma mémoire est bonne. En repartant, je vis une dame au loin vers qui les enfants repartaient. Elle m’a souri et c’est alors que je compris. Alors, petit message personnel à ma destination : « gros con ! »

Les deux-roues

Dès lors qu’un nuage se forme et que les premières gouttes tombent c’est un monde qui s’arrête. Celui des deux-roues. Tout le monde s’arrête pour enfiler sa cape. Cette scène du quotidien m’a amusé. Pourtant, il n’y a rien d’amusant. J’étais confortablement assis dans un bus. Le jour de mon arrivée je me suis fait alpaguer par un taxi. La belle arnaque, mais bon, dois-je me plaindre au fond ? La discussion était basique, le chauffeur parlait un anglais suffisant. La route vers Hà Nội est passée super vite, j’étais absorbé par la densité du trafic, les deux-roues qui doublaient à droite, à gauche et les klaxons. Pour récupérer de l’argent, j’ai demandé au chauffeur de me déposer à un distributeur de billets. Juste avant ça, la voiture s’est arrêtée à un feu rouge. Les feux perpendiculaires à nous sont passés au vert. Je me suis retrouvé choqué par le nombre de deux-roues. Pareil pour le feu en face de nous avec tous ces deux-roues alignés. Je me souviens avoir dit au chauffeur « That is not for the kids. », en parlant de la conduite. Il ne répondit pas à cette requête. Peut-être qu’elle aurait mérité de ne pas exister. Je me suis pris au jeu en louant par moment des motos. Lorsque tout l’environnement est au courant de l’état du trafic, il n’y pas de danger, même si parfois, c’était chaud. Au final il y a du danger quand même. Pareil en traversant les passages piétons et les routes. Les motos nous esquivent, il suffit de gérer son allure, accélérer, ralentir, bien regarder les véhicules qui nous approchent et lever le bras en faisant un geste de la main pour avertir de sa vulnérabilité. C’est un concept.

Cao Bằng

Cao Bằng s’est réveillé après un trajet de sept heures en bus de nuit. Je n’avais pas vraiment dormi. Je ne savais pas ce qu’il en était de mes compagnons. C’était mon premier trajet dans un bus de nuit. Ensuite, nous sommes partis à moto à travers les rizières verdoyantes puis est venu le Đèo Mã Phục après une petite dizaine de virage, en haut d’une montagne. La pluie s’est abattues quelques minutes après notre départ et aura été intermittente jusqu’à notre arrivée. Un phở bò matinal nous a bien réchauffé dans un restaurant au bord de la route.

Des buffles d’eau ici et là dans les rizières le long des routes. On s’arrêta dans un village où des sourires et des regards étonnés mais curieux nous étaient adressés. Non loin de la frontière Chinoise se trouvait notre auberge pour la nuit. Le paysage était magnifique. Après s’être reposé, nous étions repartis vers les chutes de Bản Giốc avec de l’autre côté du petit lac, la Chine. La soirée s’est bien déroulée. Dans l’auberge, il y avait aussi un groupe d’amis Vietnamiens. Ils s’étaient tous connus au collège. Ils étaient bruyants avec leur karaoké et leur Một Hai Ba Dzô ! Nous jouions aux cartes : président, palmier et autres, quand un des hommes du groupe s’est approché de nous pour nous regarder jouer. Le ventilateur qui était au-dessus de nous poussait les cartes formant le palmier. Soutien à celui qui jouait son tour à ce moment-là. Cet homme nous a tous fait goutter une boisson violette. C’était un alcool de riz coloré naturellement. Il était très joyeux de nous avoir à ses côtés. Il pleuvait ce soir-là et je suis tombé sur les fesses lorsqu’une de mes sandales avait décidé de voyager seul sur le sol mouillé. Le lendemain on prit de nouveau la route. Ce qu’on ne savait pas, c’est qu’on était sur une boucle. Dans la région, il y en a quatre ou cinq. Rouler entre les montagnes et les rizières m’émerveillait. Ce sont les plus beaux paysages que j’aie pu voir jusqu’alors dans mon existence. On est passé devant un mariage où on reçut plein de hello de la part de pas mal d’invités. Le midi on s’était arrêté dans un petit village, peut-être Trung Khanh. L’après-midi était tout aussi fabuleux. Les paysages avaient un peu changé, l’écartement entre les montagnes était plus grand. Le dernier détour nous amena au lac Thang Hen qui offrait une superbe vue, avec un beau soleil. En reprenant l’unique route qu’on pouvait emprunter pour rejoindre ce lac, on bifurqua à gauche pour voir au loin Núi Mắt Thần, littéralement, l’œil de Dieu. C’est un triangle de roche avec un trou au milieu, d’où l’œil. Là aussi, c’était très beau. En contrebas, des buffles d’eau se baladaient et commençaient à s’approcher. Un homme commença à leur crier dessus tout en leur jetant des pierres. C’était drôle à voir, d’autant plus que la majorité des buffles nous étaient invisibles, cachés sous des petits arbres bien touffus. La pluie a commencé à tomber. Depuis tout ce temps, environ deux heures je pense, on avait perdu Giovani. Disons qu’il prenait son temps à moto et qu’on l’avait semé. Ne sachant pas où aller, il était retourné dans la grande ville du coin. Désolé de t’avoir laissé Giovani. Cao Bằng restera le plus bel endroit que j’aie vu de mes yeux et le meilleur moment de mon séjour.

La libraire

La librairie InBook venait de déménager et elle avait organisé une soirée d’ouverture. En manque de lecture, je m’y suis rendu. La bienvenue m’a été souhaité avec enthousiasme. Je suis monté au second étage au rayon francophone. Une jolie table préparée avec des mets et à boire était proposée aux clients. J’ai fait mon choix de livres et on me demanda si je souhaitais profiter de quelque chose à manger. Demande que j’aie acceptée. C’est alors qu’une dame commença à me parler et elle se trouva être la sœur du propriétaire de la librairie. Elle vivait en France depuis plusieurs années. On parla en tout une bonne dizaine de minutes de nos vies respectives, de littérature succinctement. Passage en caisse. Un petit regard bienveillant est échangé entre la libraire présente à la caisse et moi-même. Plus tard dans mon séjour, j’y suis retourné. Je passai à nouveau à la caisse et elle me reconnut. « I saw you at the opening night. » me dit-elle. Moi je ne l’avais pas reconnu. Après tout, un-grand-Blanc-à-lunettes-avec-une-calvitie-un-peu-trop-avancée-pour-son-âge, il ne doit pas y en avoir beaucoup dans le coin. Un peu pris de court, je n’ai énoncé que quelques phrases avant de faire mon sac et partir (ou fuir si on préfère). J’ai appelé un taxi. Pendant ce temps, j’étais seul sur le trottoir devant la librairie. Sur le chemin du retour, je me suis mis à penser : « Est-ce que je n’y retournerai pas maintenant ? Demain ? La semaine prochaine ? » Je n’y suis pas retourné. Je me souviens plutôt bien de son visage. Elle avait les cheveux noirs et des lunettes de la même couleur avec un beau sourire. Je m’en suis légèrement voulu. L’égo d’un homme bascule à peu de chose. Il aurait été intéressant d’exercer une approche honnête et naïve. J’ai alors pensé à ce discours : « Excuse me, miss. I am suprised that you have recognized me. Hum. It is the second time that we met so... What do you think to meet each other for a third time in an other place this week? »

Au pire, qu’aurai-je pu perdre à part manger un énième cơm bò seul dans mon studio ou sur une chaise en plastique dans la rue ?

Chùa Khai Nguyên

Balade à moto avec une fine équipe. Elle compta Joseph, Dylan, Giovani et Paul. Je ne sais plus si Paul était réellement là ce jour car je n’ai plus de souvenir précis de lui. Pour les autres oui : Giovani nous quitta plus tôt pour rejoindre Huy, un ami Vietnamien juste après avoir perdu une partie d’échec contre un jeune pensionnaire du temple ; Dylan tenta d’expliquer qu’il était français en vietnamien à un couple de Vietnamien sans succès encore une fois (ces scènes se retrouvées très amusantes à chaque fois). « TOÏ LA NOÏ FAP » tentait-il d’expliquer. Il aurait plutôt dû dire « Tôi là người Pháp ».

Le matin on roula jusqu’au village de Sai Son situé à une quarantaine de kilomètre à l’ouest de la capitale. Nous avons mangé dans un restaurant où nous sommes tombés par hasard sur un groupe de françaises. Ce village était pourtant bien paumé dans la campagne. Après le déjeuner, on fit le tour du petit lac juste de l’autre côté de la route. Je me souviens avoir eu une bonne impression de cette bourgade et de la petite pagode Thay. C’était reposant, hormis les quelques minutes gênantes où une personne à l’accueil de la pagode voulait nous la faire visiter en nous forçant un peu. L’objectif de la journée était la pagode de Khai Nguyen encore un peu plus loin. Pourquoi cet endroit ? Je ne sais plus qui avait vu une photo de cette pagode où trônait (et trône toujours) un Bouddha géant. Plus qu’un temple, c’était un genre d’école, d’hospice ou lieu de culte capable d’accueillir un grand nombre de sympathisants. Il y avait plein de bâtiments joliment décorés. Du rouge, du jaune, des fleurs et un Bouddha géant doré. Sur le retour, on est passé par la ville de Sơn Tây et sa citadelle dans laquelle nous ne sommes pas restés longtemps. En une fraction de seconde, une lourde rafale de vent balaya les parasols, frappa les arbres et envoya une de nos motos à terre. Le vent ne cessait plus et on prit la décision de partir immédiatement. Il nous restait une bonne heure de route pour rejoindre le bowling et Duke à qui on voulait absolument faire découvrir ce sport (personne du groupe n’était expert mais il n’en avait jamais fait auparavant). Moi-même j’ai dû en faire dix fois à peine dans ma vie, bref. Le ciel devint noir et une grosse pluie commença à tomber. On ne pouvait pas rouler sous autant de pluie. Rapidement, nous avons cherché à nous mettre à l’abri sous un hangar. On le trouva et on s’arrêta en attendant que la tempête passe. Une dame sortit de la maison juste à côté, surprise de nous voir ici. Elle nous a dit que nous pouvions patienter ici. Dehors, la pluie et le vent ont continué leur bal et au loin de beaux éclairs frappaient le sol. En effet, ce même jour, le nord du Việt Nam était censé rencontré un typhon. Pas manqué. Après environ une heure on ralluma les bolides sur une route mouillée et sous une pluie fine. Sur certaines portions on roulait sur l’eau voire dans l’eau. A un moment on dû descendre de nos motos et les pencher pour passer sous un arbre qui était tombé en faisant attention à ne pas abîmer la carrosserie. Une fois arrivé au bowling, on se gara dans le sous-sol d’un grand centre commercial à la coréenne. Après une affreuse partie de bowling, nous avons rejoint le loueur de motos en étant un peu en retard. Je crois que sur le trajet d’environ vingt minutes au départ, il s’en écoula réellement qu’une petite dizaine. Il faut dire que nous étions plus habitués à la conduite désormais.

Bangkok

Au revoir Việt Nam. Bonjour Ratcha Anachak Thai le temps d’un week-end. J’ai rejoint Alexis. Depuis l’aéroport (immense au passage), il est très facile de rejoindre l’hypercentre avec une ligne de métro dédiée. C’était silencieux et propre. Pas comme certaines rues où je vis plusieurs rats et cafards se prélasser autour des poubelles. Je craignais vraiment ces bestioles. Magnifique hôtel, magnifique soirée à venir. Ce bon vieil Alexis était arrivé bien plus tôt que moi. On partit manger. Il était déjà dix-huit ou dix-neuf heures. Je me souviens avoir pris une salade froide vraiment pas bonne pourtant il y avait d’autres plats qui semblaient largement meilleurs dans ce restaurant. Juste après on se rendit dans un marché de nuit. On mangea en plus quelques brochettes et une crêpe mangue-chocolat bien grasse et sucrée comme il faut. J’ai bien aimé cette ambiance dans le marché de nuit. Alexis, qui connaissait déjà la ville, m’emmena faire un petit détour PAR UNE RUE ! Je n’en revenais pas. J’étais littéralement terrifié et mes yeux fixèrent le sol. Plein de jeunes femmes habillées “légèrement” étaient alignées sur toute la longueur de la rue. Mais vraiment, DES CENTAINES ! J’ai vite marché pour sortir de ce traquenard. J’ai vivement repensé à ce moment avant de l’écarter de ma mémoire en m’envoyant quelques bières sur un le toit d’un hôtel. Une autre rue, Cowboy Street nous vit arriver le lendemain soir. Nous n’avons pas été déçu du voyage. Horrible expérience mais assez marrante en y repensant. Disons que cette rue est la définition même du mot capharnaüm, ou encore brouhaha. Ce bon vieux Hugo, communément appelé Weso nous rejoignit pour partager la soirée. Je me rappelle une atmosphère gênante et longue. Etrange. Avant ça, nous avions assisté à un gala de muay thai au Rajadamnoen Stadium. Quelle soirée ! Bière à volonté et bagarre ! Beaucoup d’étrangers dans la salle dont nous faisions partis. Sans doute mon meilleur souvenir de ce petit temps passé à Bangkok. La journée même, Alexis m’emmena dans un marché absolument gigantesque où absolument tout s’y trouvait (je n’ai pas su retrouver le nom étant donné qu’il y en a plusieurs dans la ville). Le lendemain, dimanche, on retrouva Paul, un Thaïlandais rencontré à l’USTH, l’université où j’ai étudié durant mon séjour. J’étais très content de le revoir. Nous avons visité un temple en sa compagnie et partager un barbecue local. C’était une très bonne expérience. Sur un dôme en acier bien chauffé, on applique de la graisse animale avant de faire griller nos aliments dessus. Autour, on compose soi-même son bouillon en mélangeant eau et légumes. Je me souviens m’être régalé. Thank you Paul!

Lundi, c’était le jour de mon départ. Un petit tour dans un parc où il y avait des varans en liberté. Déjeuner assez catastrophique où nous avons commandé des pains à l’ail très surchargés que nous n’avons même pas fini par peur que nos bouches respectives se décomposent sur ce lieu même. Arrivé à la ligne de métro, je n’avais plus assez de monnaie pour payer mon trajet. J’ai dû retirer du liquide, entraînant autant de frais que de somme retirée et m’acheter un beignet pour pouvoir échanger les quelques billets en pièces pour pouvoir enfin acheter mon ticket de métro.

Sa Pa

Sa Pa, Sa Pa, Sa Pa… Comment dire. Avec Joseph on y est allé sur un coup de tête et peut-être pas de la meilleure des manières en y allant les mains dans les poches. Pour parler de cette courte expédition, un court chapitre.

Hà Nội. Bus de nuit. Six heures de route. Sa Pa. Cinq heures du matin. Marche. Attente. Chien qui nous aboit dessus. Demi-tour. Repas. Marche. Téléphérique. Phan Xi Păng. Brouillard. Froid. Pluie. Téléphérique. Massage. Repas. Café. Attente. Jeux de cartes. Bus. Retard. Hà Nội. Fatigué. Dormir.

Si vous vous rendez à Sa Pa un jour. Prévoyez plus que ce qu’on a prévu, c’est-à-dire, au moins une chose.

Les oiseaux

Ils s’assoient et regardent. Pas les oiseaux. Les Vietnamiens. Par plein d’endroits j’ai pu voir des gens regarder des petits oiseaux en cage. Comme ça, je dirais que c’étaient des perruches. On me l’a dit une fois mais je ne sais plus qui. En achetant et en libérant ces oiseaux de leur cage, cela amènerait de la chance ou quelque chose comme ça.

En retournant un peu le sujet, je me suis fait la réflexion suivante : ces oiseaux sont forcément mis en cage par quelqu’un alors, les chances dans la vie de la personne les mettant en cage doivent être proche de zéro. Quel est alors l’intérêt d’organiser cette activité ? A quoi bon à part faire fortune sur le plumage de ces oiseaux.

La réparation

La seconde bretelle de mon sac à dos s’est retrouvée cassée. Pour la deuxième fois, je me suis rendu à la même boutique qu’à la première échéance. C’était assez loin dans la rue Đ. Hoàng Hoa Thám qui se situait parfaitement entre mon domicile et le grand lac. La dame ne parlant pas d’autre langue compréhensible par moi et moi ne parlant aucune langue compréhensible par elle, elle pointa du doigt l’horloge fixée au mur en imitant la rotation que ferait une aiguille pour m’indiquer de revenir dans une heure le temps qu’elle fasse la réparation. En attendant, je me suis installé dans un café en profitant d’un délicieux cà phê muôi. La réparation me coûta vingt-mille dongs et la café environ le double.

Le triptyque du centre : Đà Nẵng, Hội An, Huế

Depuis Hà Nội, nous avons pris un train de nuit jusque Đà Nẵng. Environ quinze heures de trajet. On a passé le temps en dormant premièrement, puis en jouant aux cartes à cinq dans une cabine de six couchettes. Les paysages qui défilaient étaient magnifiques.

Ma première impression en arrivant sur place a été : c’est le Miami du Việt Nam. A noter que je ne suis jamais allé à Miami et que je ne projette pas non plus d’y aller. C’est en tout cas l’image que je m’en fais après avoir aperçu cette ville plusieurs fois en photo et en vidéo. De grands immeubles surplombent la plage, plein de bars de plage avec piscine et un tas d’autres trucs bordent la mer. Pas vraiment ma came. Ceci dit, nous avons trouvé un petit restaurant (WiWi Beach Coffee and Food) où nous avons mangé à deux reprises. Le serveur était tout seul et courait partout. Il semblait vraiment débordé. On ne pouvait pas partir en ne payant que le prix des repas et boissons de chacun. Le serveur s’était retrouvé en sueur à force de courir sur la terrasse du restaurant. Et c’est lui qui, à la fin, nous remercia le plus en se pliant en deux alors que nous nous étions empiffrés bien assis sur la plage, à boire des bières et manger du riz (résumé assez grossier). L’eau de la mer était chaude. Jamais je ne m’étais baigné dans une eau aussi chaude. Au nord de la ville se trouvent de jolies montagnes. Après avoir loué des motos on s’y est rendu pour visiter et c’était très joli. Depuis le haut, on avait un magnifique panorama de la ville d’un côté et de la mer de l’autre, le tout sous un ciel magnifique. Le soir, nous sommes allés dans une boîte de nuit (Hair of the dog, aujourd’hui fermée) histoire de s’amuser un peu. Avant de rentrer, je ne m’attendais pas à voir tout ça. Sur les contours de la salle principale, des ensembles de canapé avec assis dessus des gens amorphes à moitié en train de dormir avec des jolis ballons de baudruche dans les mains. J’ai de suite compris. Pendant ce temps, la musique me tabassait les oreilles. Pour cause, un sifflement continu resta dans mes oreilles pendant au moins trois jours de suite. La musique électronique nous ambiançait bien. Plein de ballons passaient devant nous et en effet, une petite livraison était en cours vers une table histoire de bien s’envoler. Une seconde chose qui m’a surpris et un peu gêner se situait sur la scène. Le DJ et sa table de mixage avec de chaque côté, deux filles, habillées en policières, sans le gros pantalon, le gilet pare-balles et les bottes, vous voyez le genre. Elles portaient quand même la casquette et la matraque au cas où. Elles dansaient comme des robots sans émotions sur leur visage. Je me souviens avoir fixé ces deux filles en essayant de chercher comment elles étaient arrivées là. Vue à la troisième personne, ma position devait être assez comique. J’étais accoudé sur une table haute, buvant un Gin Fizz, fixant deux danseuses sur une scène. J’ai bien ri de moi de ce soir-là. Est venu le moment où un nouveau DJ prit les platines. La musique était encore mieux. Personne ne dansait. Ce n’était peut-être pas l’objectif de ce lieu mais nous nous le voulions alors on se mit à décaler quelques tables pour se créer une piste. C’est alors qu’on emmena d’autres personnes dans notre délire. Le DJ était très amusé de nous voir prendre notre pied ainsi. Je revois la soirée comme si elle avait eu lieu la semaine dernière. Je me souviens parfaitement de l’agencement de la salle et je me souviens aussi très bien du râteau que Rémi se prit ce soir-là. Pauvre Rémi.

Depuis Đà Nẵng, nous sommes allés jusqu’à Hội An. Sans doute une des villes les plus touristiques du pays. La journée était assez reposante mais il faisait très chaud. Les plages étaient paradisiaques. Le sable était blanc et la mer turquoise. Nous avons visité la montagne de marbre. Superbe endroit. La chaleur m’avait assommé et je me souviens ne pas être sorti très longtemps après être retourné manger dans le même restaurant que la veille.

Depuis Đà Nẵng, que nous quittions définitivement cette fois-ci en direction de Huế, la cité impériale. La ville sembla agréable. J’aurais aimé y rester un peu plus de temps pour en voir davantage. On nous a offert des coups à boire, on a vu des jeunes, je dirais quinze ou seize ans se terminer à la bière. Leur démarche ressemblait à celle d’un funambule à la différence qu’eux avait les deux pieds sur Terre. Le lendemain, on décida de visiter l’ancienne cité impériale de la dynastie Nguyễn. C’est un endroit en travaux par endroit mais très joli pour les yeux avec de belles couleurs et une belle architecture. Juste avant, nous nous étions arrêtés pour manger dans un restaurant au goût plutôt moyen. Etant à Huế, je commandai un bún bò Huế que je n’ai pas aimé du tout. La fatigue se fit ressentir dans le groupe qui se sépara durant un après-midi. Après une belle marche et visite en compagnie de Rémi et Mathys, la faim me monta au cerveau et je partis alors à la recherche d’un bánh mì que j’aie finalement trouvé. J’ai été accueilli merveilleusement bien encore une fois et j’ai fait la rencontre d’un chauffeur de taxi en pause bánh mì comme moi. Dans un anglais tout à fait honnête, nous avons discuté quelques minutes. Il me fit également part de ses compétences verbales dans la langue de Molière qui se résumèrent à « C’est parti mon kiki ! ». Je me suis alors mis à rire brièvement. Autant dire que je m’attendais à tout sauf à entendre cette phrase ici-même assis sur un trottoir à l’est de l’ancienne citadelle de Huế. Il me salua et reprit du service.

Trente-cinq heures

Trente-cinq heures c’est le temps que met le train de la réunification pour rejoindre Thành phố Hồ Chí Minh depuis la capitale. J’ai tout naturellement emprunté ce train, seul. C’était long, très long. J’ai partagé la cabine avec une homme du quarantaine d’année je dirais et d’une maman ainsi que son fils. J’étais sur la couchette du bas mais je leur ai laissé ma place pour leur confort. Pendant ces longues heures, la communication se résumait à des sourires. Le petit garçon semblait curieux de me voir à bord de ce train. A plusieurs reprises, lorsque j’étais allongé sur le lit du haut, je vis ses mains attraper le bord de mon matelas et son visage apparaître. En résumé, le trajet était assez long et je ne fis que manger, dormir et uriner.

Thành phố Hồ Chí Minh / Sài Gòn

L’architecture de la ville était bien différente de celle de Hà Nội. L’influence nord-américaine s’est fait ressentir. J’ai visité le palais de l’indépendance à l’architecture plus que géométrique. A l’intérieur est conté la libération de la ville par les forces armées de l’ancien Nord-Vietnam. Je ne suis resté que quelques jours dans la ville et je revis Samuel que j’avais déjà vu à Ninh Bình. Il m’a fait visiter quelques endroits en ville qu’il connaissait bien. Le musée des vestiges de la guerre était quant à lui bouleversant. De même pour les tunnels de Củ Chi au nord de la ville. Lors de ma dernière journée, je me suis égaré dans un grand quartier. Quand je dis grand c’est vraiment grand du style grand ensemble à la coréenne. Le contraste était assez marquant avec les quelques rues situés à quelques centaines de mètres seulement.

Vũng Tàu

Cette ville m’a surpris. La partie est, face à la mer est en pleine transformation. D’ici quelques années je pense que le front de mer de Vũng Tàu ressemblera à celui de Đà Nẵng visité plus tôt. A l’instar de Tam Đảo, je n’ai pas vu beaucoup de gens me ressemblant physiquement. Je dois avouer que ma balade du soir était nulle et il n’y avait pas grand-chose à faire de ce côté-ci de la ville.

Pour le lendemain, j’avais pris la décision de louer une moto et partir rouler autour de ce cap car, Vũng Tàu est situé sur un cap autrefois atteint des Français (et des Portugais si je ne m’abuse). L’autre partie de la ville, côté delta, était en fait la vraie ville, la ville vivante. Le bord de mer était sale et l’eau semblait impropre. J’ai atteint un point de vue situé au pied d’un phare en haut d’une colline offrant un panorama sur la ville. Côté nord se trouve le port de pêche où le poisson se faisait sentir comme il le fallait. Le casque que je portais sur le crâne lors de ma conduite était trop petit et j’eus la marque durant deux jours.

Fête de l’indépendance

Le 2 septembre d’il y a 80 ans à l’époque (2025), Hồ Chí Minh déclara le Việt Nam indépendant entraînant la guerre d’Indochine. Personnellement, je préfère donner le nom de « révolution Indochinoise ». Question de principe. Les rives du lac du vieux quartier étaient bondées pour assister un tir de feu d’artifice. Finalement, je n’ai rien vu du feu car tout autour du lac sont plantés des arbres derrière lesquels j’étais et plein d’autres gens y étaient agglutinés aussi. Une fois la foule séparée, j’ai souhaité rentrer avec un mototaxi que je mis plus de trente minutes à trouver, en vain. Un chauffeur me proposa environ trois cent mille dongs pour me ramener chez moi. Je lui dit không et parti à pied pour parcourir les cinq kilomètres qui me séparaient de mon domicile. Il était aux alentours de minuit. Je ne croisai absolument rien de bien méchant sur la route hormis des rats assez gros pour me faire frissonner. Je crois même avoir aperçu quatre tortues suivre un rat en kimono.

Cát Bà

Île située au nord-est du Việt Nam, Cát Bà est majoritairement ornée d’une jungle. On a eu la chance de la voir depuis la canopée après une petite randonnée avec Rémi, Mathys et Paul qui nous abandonna avant d’arriver en haut. La ville principale est en pleine transformation. Pour tout dire, nous marchions sur l’eau d’après notre GPS. Ils ont étendu la ville sur la mer en construisant une place, des villas et une plage avec un peu plus loin une digue capable de s’élever en cas de forte agitation de la mer. Je n’ai absolument pas aimé cet endroit visuellement faux.

Paul tomba en panne d’essence. On s’en rendit compte avec Rémi lorsque on ne le vit plus derrière nous. On avait roulé environ deux kilomètres de plus. En rebroussant chemin on l’avait rejoint et on s’était arrêté dans un petit restaurant en bord de route. Le fils nous accueilli et nous servit une boisson fraîche. Un échange se mit en place pour racheter de l’essence à la famille histoire de retourner à la prochaine ville. Ils ont été très aimable avec nous. Le fils, qui je crois avait le même âge que moi nous fit la remarque à Rémi et moi, que nos yeux étaient magnifiques. A savoir, nos yeux sont bleus. Soit, merci monsieur.

Mai Châu

J’étais arrivé de nuit dans ce coin à l’ouest de la capitale. C’est au réveil que je découvris les alentours sublimés par le lever du soleil. Je regrette de ne pas y être resté plus longtemps. C’était encore une fois, une sortie en solitaire. Je vais profiter de ce chapitre et de la quasi-fin de ce récit pour parler un peu de ça.

Me retrouver seul est pour moi comme si je me trouvais sur une autre planète où tout autour de moi m’était inconnu ou extraterrestre. Naturellement, je me pose des questions, parfois simples, parfois complexes sur tout et rien à la fois. Mais aussi des idées en tout genre. Il est tellement bon de marcher seul, sans rien dans les oreilles, sans personnes à côté de soi, parfois sans téléphone, sans papiers, sans clés. A poil finalement. C’est une partie intégrante de ma personnalité. J’espère à l’avenir continuer ce genre d’expérience autant nécessaire à l’homme que de vivre en société ou en concubinage. Si je m’y rechigne un jour, qu’on m’y pousse.

À vélo une dernière fois

Rémi est parti. Il me laissa le vélo qu’il avait acheté. J’en ai profité trois jours en faisant le tour du lac de l’ouest. Un soir j’ai pédalé jusqu’à un café que j’avais déjà côtoyé. J’ai commandé la même chose que d’habitude, à savoir un sinh tố xoài bien frais en profitant d’un coucher de soleil bien orangé.

Le lendemain, je traversai littéralement la ville jusqu’au sud-est pour léguer le vélo de Rémi à une fille qu’il avait rencontré. Je ne me suis jamais senti aussi bien qu’à l’approche de mon retour. J’ai rencontré quelques difficultés à trouver son adresse. Il y avait plein de ruelles entremêlées, les habitants étaient plutôt surpris de me voir à moitié perdu ici. J’ai finalement trouvé son adresse et le vélo était désormais entre de bonnes mains. Sur le retour, j’ai profité d’un dernier café sur un énième trottoir avec quelques guêpes volant autour de moi et très certainement jalouses de moi. Les motos défilaient devant moi et défileraient à nouveau le lendemain et le surlendemain. Car le soir même, je pris mon envol pour quitter le Việt Nam. Mon dernier repas était un phở bò. J’étais le seule client de cette dame ce soir-là. Il était ironique de finir ce voyage seul, attablé et me régalant. Ce restaurant, c'était la première fois que j’y allais alors qu’il était à deux pas de chez moi. Je suis ensuite remonté dans mon appartement pour attendre le taxi. Il était désormais l’heure.

Et à tout le reste

A l’atelier poterie dans un village au sud-est de la capitale et le Swan Lake Park visité lors de mon arrivée avec Giovani, Dlyan et Huy ; au village de la soie ; au riz violet de Ba Vì et au poulet à Sơn Tây avec Paul ; au train de nuit avec Rémi ; aux nombreuses régalades sur les trottoirs ; aux rigolades ; au guide à la pagode des Parfums ; la sortie à Tam Đảo ; au sortie en deux-roues à droite et à gauche ; aux jeux de cartes ; à la dame qui suait à faire des bánh mì dès six heures du matin en bas de chez moi ; aux cafés, thés et bières ; à l’humidité et aux fortes pluies ; à mon université d’accueil ; au revoir ; merci.

Au revoir Rala « Paul » Racha, Dylan, Ilona, Giovani, Joseph, Bach, Duke, Mathys, Rémi, Paul ainsi que Samuel et Alexis.

Mot de fin

J’ai appris de moi. Loin de ma terre natale. Côtoyer les mêmes terres au quotidien commençait à me peser. J’avais besoin d’ailleurs. Or, jamais je n’étais aller ailleurs, si loin, si longtemps. Maintenant c’est chose faite. Voir la France depuis l’extérieur m’a fait mal. Cependant je suis apaisé avec moi-même. Je pense avoir trouvé ma direction. Celle que je veux pour moi et dans mes relations avec les autres.

J’ai tenu à me replonger au maximum dans ce voyage en réécrivant même le nom des routes, des restaurants, des hôtels, des lieux pour certains passages. Cela a permis de donner de la profondeur et de redonner vie à mes souvenirs encore intacts.

Toute ma vie je m’en souviendrai. Des gens souriants, des gens dévoués, des gens attentionnés. Comme partout certaines et certains le sont moins. Pour rien au monde je ferai autrement. Je dois même dire que, si je pouvais remonter le temps pour laisser un mot à mon chevet ce serait :

Fonce

Vas-y

Vas-y encore plus vite

Cours

Cours vite

Très vite

Envole-toi

Tu verras.

Simon MD

(ré)

Par Simon MD

Mec qui a écrit un premier livre.

Mec qui va en écrire un deuxième.

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