Mastodonte de la littérature américaine. Son titre complet : Walden ou la vie dans les bois. Walden, étang situé dans le Massachusetts où Thoreau vécu tout proche, dans une cabane dans les bois, seul. Je l’ai lu en avril de cette année et pour dire, je ne sais si c’est parce qu’il l’a écrit seul mais au cours de ma lecture, j’ai eu ce sentiment également d’être seul avec Henry (je me permets). Peut-être car je suis à ma connaissance le seul à le lire dans mon entourage et que s’il me venait à l’idée d’expliquer ce que HDT faisait dans ces bois, comment il vivait et ce qu’il a bien pu écrire de beau de ce bouquin, tout de suite des réactions du style : c’est un ermite, mais tu vois pas c’était à une autre époque, aujourd’hui ce serait impossible, et la solitude c’est dur, auraient fusé en direction de ma personne. Enfin bon. Dans dans cette deuxième lettre, réflexion autour de Walden.
P52 : réflexion sur “ avoir un toit ; la propriété ; la liberté. “
Décrit comme encombrant, posséder et avoir un toit prive de la liberté. D’autant plus qu’un sentiment d’imposer un toit peut se ressentir, personne ne nous y oblige explicitement. La logée ou le logé se retrouvait déjà à l’époque victime des loyers imposés sans avoir la possibilité de les discuter. C’était il y a 180 ans et que dire ? On est en 2026. Assigner une part trop importante à son toit entraîne comme conséquence le troque : la santé, la famille, le monde, le voyage. Tout comme les terriers des renards, les nids des oiseaux, chaque famille devrait avoir un toit quel qu’il soit : en dur ; mobile ; en pierre ; en tissu ; en peaux. Finalement, Thoreau a fait ce rapprochement au début du livre où il parle de l’esclavage. Même dans son état du Nord où les gens sont libres, ils n’en demeurent pas moins des esclaves dès lors qu’on leur dit quoi faire et qu’il est obligatoire de le faire. Il conclut même précisant qu’un libre au Nord est le même qu’un non-libre au Sud. Sur ce point je le trouve un peu grossier. Je n’interviens pas plus sur cette déclaration (que j’ai paraphrasée) car je manque d’informations à ce niveau là de l’Histoire.
Pour compléter sur la possession. Sa pensée autour du vêtement était visionnaire. Déjà à l’époque on vendait et vendait des vêtements à tout-va sans prendre soin de les garder et de leur créer une histoire. Il en va de même pour les meubles. Lui vivant dans sa cabane ne pouvait pas se permettre d’y implanter une tripotée de meubles encombrants et laids et qui en plus souilleraient l’espace en créant de toute pièce une corvée de poussière. Décidément, il n’aime pas grand chose.
Discussion avec un fermier autour de l’alimentation
Un fermier dit à propos de son alimentation — celle de l’auteur — qu’il s’affaiblira à force. Petit contexte : Thoreau vivra dans les bois pendant deux ans et aura un régime strictement végétarien spécialement à Walden. Hormis ça on dirait aujourd’hui qu’il est flexitarien (expression que je trouve laide au passage). Revenons en au fermier, il lui précisa que ce sont ses os qui s’affaibliront car selon le bonhomme “ la solidité des os réside dans la viande “. Le lobby laitier voit ses yeux sortir de ses orbites. Je ne sais pas ce que dit la science, si c’est l’un ou l’autre, je vais dire qu’il faut manger des deux pour être sûr, et en plus pas de jaloux. HDT pensa : comment les vaches sont-elles aussi fortes en ne mangeant que de l’herbe ? Je finis là-dessus en vous laissant à votre réflexion.
P74 : “ Un esprit simple et indépendant ne saurait faire l’esclave d’un quelconque prince. “
Comme j’essaie de faire à chaque fois, dans quel contexte énonce-t-il cette phrase ? J’en reviens au premier point avec lequel on peut noter un lien : l’architecture. Des belles bâtisses pour des grands hommes — soi-disant — les possédant. Selon Mister T. (Thoreau hein, pas l’acteur jouant Barracuda), une civilisation gagnerait son temps à mettre en avant ce qu’elle sait plutôt que ce qu’elle sait faire. Autrement dit, l’abstrait et le concret. Pour le concret, c’est toujours la même, il faut un possédant, un puissant tenant tout entre ses mains tandis que pour l’abstrait il suffit d’un esprit et du temps. Ce que tout le monde a.
P75 : “ Elle oeuvre à s’enterrer vivante. “
Toutes ces belles architectures servant à honorer quelques mesdames et messieurs en auront tué plus qu’elles ne pourraient à tous les coups, même pas en accueillir la moitié (je dois exagérer pour appuyer mon propos). Il est plus courageux de jeter un corps dans le Nil que de se tuer soi-même à bâtir un temple pour lunatique vaniteux. Voilà simplement où veut en venir Thoreau. (J’ai paraphrasé grossièrement son idée ici, au cas où on dirait “ eh toi, plagiat ! “ mais de toute façon pas grand monde va lire cette lettre, on est entre nous)
P84 : rideaux et paillasson
A quoi peuvent bien servir rideaux et paillasson si ce n’est à salir ? Le premier nous rappelle quand on doit se coucher et se lever et l’autre rappelle qu’on est bien chez soi ou chez quelqu’un. Et la façade de ma maison ? Elle n’est donc pas assez pour se faire comprendre à elle-même ? Je voudrais vraiment passer du temps autour de ce sujet mais j’ai bien peur de ne pas être assez légitime et je ne voudrais pas vous prendre plus de temps que ne prendra cette lettre à être lue alors, en une citation écrite par l’auteur : “ Mais il est fort possible que le plus sage serait de ne jamais commencer à rien accumuler. “
P88 : “ Nul homme n’a à gagner sa vie à la sueur de son front, sauf si la sueur lui vient plus facilement qu’à moi. “
A ce moment du récit, Henry David Thoreau montre comment il fait pour ne travailler qu’une partie de l’année tout en subvenant à ses besoins, bien qu’ils soient rudimentaires. La vive critique serait de lui dire qu’il est bien chanceux de pouvoir vivre comme cela car, lui, il n’a pas de loyer à payer. On en revient au même point. Dans les faits, monsieur se loge gratis et ne doit pas d’argent à quelconque mécène. Toutefois, il stipule qu’il n’invite personne à vouloir le copier ou l’imiter. Le tout est peut-être de s’en inspirer. C’est ce qui m’a d’ailleurs motivé à le lire. Le tout est de trouver notre manière à nous, rien qu’à nous.
P96 : “ Si vous deviez un jour tomber dans le piège d’une de ces formes de philanthropie, ne laissez pas votre main gauche apprendre ce que fait votre main droite, car il n’y a rien là qui mérite d’être appris. “
Cette citation conclut en partie les deux pages précédentes où la philanthropie est le sujet. La philanthropie cacherait au final bien plus de vices qu’on ne le pense. Au final, une seule partie de notre monde profite de la philanthropie : le malade, le pauvre, le sans-abri. Et ces bons philanthropes qui se dévouent agissent en bien, certes, mais pourquoi pas avec le monde entier ? J’aime beaucoup ce passage et je termine là-dessus pour ce paragraphe : “ Les plantes dont la verdure s’est flétrie, nous en faisons des tisanes pour les malades ; elles sont d’une humble utilité, et sont surtout utilisées pour les charlatans. Ce que je veux d’un homme, ce sont ses fleurs et fruit. Je veux qu’un peu […] de leur chair mûre aromatise notre relation. “
P122 : ode à la littérature
Aux alentours de ces pages, il embellit bien cet art qu’est littérature. Pour aller droit au but, la littérature à la capacité d’être traduite dans toutes les langues ainsi, être comprise par tous les hommes et traverser les siècles.
P129 : “ Il est grand temps que nous ayons un système hors du commun d’écoles secondaires et tertiaires, pour que nous cessions de mettre un terme à notre éducation sitôt que nous basculons dans l’âge adulte. “
La vie fait qu’on s’enfonce dans une trajectoire sans avoir le recul nécessaire pour analyser et lire entre les lignes — l’enfance. Le passage à l’âge adulte dans nos vies peut marquer un point de non retour. Ca y est, je commence à être vieux, je ne pourrais plus jamais apprendre de ma vie, je ne pourrais plus que faire, faire et faire. Dans son livre, Thoreau prend l’exemple d’un pont et d’une rivière. Le pont permet de ne pas perdre son temps et, le détour qu’il fallait emprunter auparavant n’en faisait pas perdre non plus. Le temps nous échappait certes mais il suffisait de le prendre, ce temps. Car imaginons, ce détour — les études ou bien un travail différent — n’aurait peut-être duré qu’une journée, qu’un mois, qu’une année et tout aurait été différent si ça se trouve. A la fin, ce détour et ce pont amènent au même endroit, il donne au cœur de qui nous sommes. (Je m’aperçois ne pas vraiment me comprendre moi-même ici. Je laisse ça là pour y repenser peut-être plus tard et vous montrez que parfois, je me foire totalement dans mes réflexions.)
P174 : “ Les hommes qui avaient un métier, y compris les fermiers, ne pensaient qu’à ma solitude et à mon travail, ainsi qu’aux grandes distances qui me séparaient de ceci ou de cela. “
La spéculation d’un homme sur son voisin et sa vie ne serait-elle pas un vice inévitable à chacun de nous. Nous sommes tous d’accord pour penser que nous, nous faisons tout bien et que son voisin, ne fait pas bien, ne fait pas comme nous, ne s’organise pas pareil. Thoreau met en avant le bon temps qu’il passe en forêt et aux abords de l’étang. Le critiqué et l’occupé à ne rien faire — ils sont la même personne — sera toujours plus en forme que l’autre qui le critique. A courir derrière un gagne-pain, on s’épuise rapidement.
P298 : “ Le maître de maison doit rester le soir dans sa cour aussi longtemps qu’il faut pour traire une vache, ou plus longtemps encore s’il lui plaît de le faire, pour attendre l’arrivée d’un hôte. “
Près de 120 pages plus tard, je cite Thoreau qui cite Vishnou. On accumule et accumule des biens et des consommables dans la crainte de devoir recevoir des visiteurs chez soi. Mais pourquoi être craintif ? Cela devrait être réjouissant de recevoir des amis ou de la famille. Savoir cuisiner bien et rapidement dans le cas où quelconque créature bipède viendrait poser son museau sur la vitre de mon domicile peut être intéressant. En revanche, si je ne sais pas cuisiner mais que je sais uniquement servir des verres, le visiteur n’aura pas à se plaindre car il est sous mon toit, à lui de bien vouloir y mettre du sien, non mais ! Soit, je tends plutôt à la version qu’attendre une personne qui ne viendra pas sera d’autant plus réjouissant que l’inverse qui provoquerait un raz-de-marée domestique. J’ai écrit cette petite scène :
— Tu attends qui au juste ? Tu vas être déçu et triste si ton temps d’attente n’est pas récompensé.
— Mais je n’attends aucunement quelqu’un, je suis seulement prêt à interagir et partager la chaleur de ma demeure et celle de mon cœur.
Un peu plus tard j’ai repensé à ce passage (c’est écrit comme tel dans mon carnet, voici ce qui suit). Le voyageur, qu’importe qui il est, n’a pas d’importance, aura toujours le choix. Le choix d’être bien reçu en passant le pas de ma porte ou celui d’être reçu comme il le veut, c’est-à-dire celui qui a décidé de passer son chemin car je ne saurais me plier conformément aux exigences de toutes les personnes se présentant à mon entrée. La bonté requiert patience.
P356 : “ Pourquoi devrions-nous être si désespérément pressés de réussir, et dans des entreprises si hasardeuses ? “
En voilà une bonne question cher Henry. Pour compléter son propos, l’auteur utilise les champs lexicaux de la musique et la mer qui, à la lecture m’ont apporté un sentiment de légèreté et je dirais même coloré. Ne me demandez pas pourquoi je vous prie. Aujourd’hui, voguer à contre-courant peut attirer les critiques. Auparavant ce devait être identique j’imagine mais avant nous n’étions pas si connecté et nous ne savions pas non plus ce que notre voisin pensait. Ces critiques donc, elles attirent le questionnement des pairs car la mer empruntée n’est pas banale. Elle ne ressemble à aucune autre et manque de rassurer autrui. Pourquoi ne se réjouissent-ils pas à la place ? Vous avez autant d’heures que vous voulez.
Il est temps de conclure.
Dans les pages qui suivent la 356ème, Thoreau conte une belle histoire qui m’a inspiré la citation suivante :
“ Si dans ma tempête je suis amené à faire naufrage, rappelez-moi plus tard et je vous montrerai comment j’ai construit cette cabane avec tout ce que j’ai perdu. “
